Avant le « katb el-kitab » : le certificat qu'exige la loi, ce qu'il révèle, pourquoi il n'empêche pas le mariage
Un examen médical obligatoire avant l'enregistrement du contrat de mariage, le katb el-kitab, qui s'achève par un certificat à code QR exigé par le ma'zoun ou l'autorité ecclésiastique. Que détecte-t-il, combien coûte-t-il, où se pratique-t-il, et pourquoi compte-t-il tant en Égypte ? Surtout : pourquoi son résultat ne peut-il jamais empêcher le mariage ? Un guide serein pour les fiancés hantés par « et s'ils me trouvaient quelque chose ? ».

Huit heures du matin, devant une unité de santé publique d'un quartier populaire, deux fiancés patientent dans une courte file d'attente. Elle tient sa carte d'identité et vérifie son numéro de passage ; lui joue avec ses clés et murmure la phrase qui le poursuit depuis la veille au soir : « Et s'ils me trouvaient quelque chose ? » La liste du mobilier, cette ayma que toutes les fiançailles égyptiennes négocient article par article, n'est pas encore bouclée, et le ma'zoun, l'officier habilité par l'État à célébrer les mariages musulmans, leur a dit sans détour qu'il n'enregistrerait pas le contrat sans le certificat médical portant un code QR. Ce petit bout de papier a soudain pris plus de place que tout le reste, et autour de lui s'est installée une peur diffuse dont ni l'un ni l'autre ne sait d'où elle vient.
Commençons par la loi, car le ma'zoun ne fait pas de zèle de son propre chef. En 2008, la loi n° 126 de 2008, connue comme les amendements à la loi sur l'enfance et publiée au Journal officiel le 15 juin 2008, a ajouté à la loi sur l'état civil n° 143 de 1994 un article 31 bis. Cet article dispose qu'aucun contrat de mariage ne peut être enregistré pour une personne n'ayant pas dix-huit ans révolus, et que l'enregistrement exige un examen médical des deux parties afin de vérifier qu'elles sont indemnes de certaines maladies, dont la liste est fixée par arrêté du ministre de la Santé en accord avec le ministre de la Justice. Il prévoit également des sanctions disciplinaires contre le fonctionnaire qui enregistrerait un contrat en violation de ces règles. Autrement dit, l'exigence est légale, et le ma'zoun comme l'autorité ecclésiastique y sont tenus, sans latitude.
Le certificat que l'on demande aujourd'hui n'est plus l'ancien formulaire rempli à la hâte. Depuis le 26 février 2023, selon une note explicative détaillée publiée ce mois-là par Ahram Online, l'édition anglophone d'Al-Ahram, un nouveau certificat comprenant une dizaine d'analyses est en vigueur. Les analyses sur lesquelles concordent les différentes couvertures de presse comprennent les hépatites virales B et C, le VIH, la thalassémie ou anémie méditerranéenne, le taux d'hémoglobine, la glycémie et le groupe sanguin. La note d'Ahram Online y ajoute le facteur Rhésus (Rh) et la drépanocytose. Le plus sûr reste, pour les fiancés, de demander à l'unité de santé elle-même la liste en vigueur le jour de l'examen.
Combien cela coûte-t-il ? D'après les chiffres annoncés en février 2023, chaque candidat payait 220 livres égyptiennes, l'État prenant en charge la différence avec le coût réel, estimé alors entre 450 et 500 livres. Mais en septembre 2025, plusieurs médias ont relayé une circulaire du ministère adressée aux directions des affaires sanitaires portant le tarif des analyses à 350 livres par personne, auxquelles s'ajoute un droit d'impression du certificat sécurisé, situé selon ces mêmes sources entre 92 et 96 livres, soit environ 450 livres par personne. À l'heure où nous écrivons, nous n'avons trouvé aucun chiffre officiel unifié publié ; le mieux est donc que les fiancés interrogent l'unité de santé ou la ligne d'assistance du ministère de la Santé, le 15335, que le ministère a dédiée, selon le site Youm7, aux questions relatives à cet examen. Quant au lieu de l'examen, ce sont exclusivement les unités et centres de santé publics ; ils étaient, au lancement en 2023, environ 302 à travers le pays selon Ahram Online (Arab News en comptait 303). Les laboratoires privés, eux, ne délivrent pas ce certificat.
La démarche elle-même est plus simple que l'angoisse ne le laisse croire. Selon les consignes du ministère publiées par Youm7 en 2023, chaque partie se présente avec l'original de sa carte d'identité nationale et une copie de celle de l'autre partie ; un passeport ou un document de réfugié suffit pour les non-Égyptiens. On prélève un échantillon de sang, puis un certificat est délivré, muni d'un code QR qui permet d'en vérifier l'authenticité. D'après la note d'Ahram Online de février 2023, le résultat est disponible sous quatorze jours au plus tard, et le certificat reste valable six mois à compter de la date de l'examen. D'où un premier conseil pratique : ne remettez pas l'examen à la dernière semaine avant la noce, car le ministère lui-même recommande de le passer au moins deux semaines avant le mariage ; et ne le passez pas plus de six mois à l'avance, faute de quoi il expirera pendant que vous serez plongés dans les détails de la salle et de la liste des invités.
Pourquoi l'Égypte, précisément, tient-elle tant à cet examen ? La réponse tient en un mot que beaucoup de familles égyptiennes connaissent de près : la thalassémie. Selon une revue scientifique publiée par les chercheurs Hamamy et Al-Allawi dans le Journal of Community Genetics en 2013, la bêta-thalassémie est l'hémoglobinopathie la plus répandue en Égypte, avec une proportion de porteurs comprise entre 5,3 et 9 %, et l'on estime qu'environ mille enfants naissent chaque année atteints de la forme majeure de la maladie, sur quelque 1,5 million de naissances annuelles à l'époque ; les naissances ont atteint près de deux millions en 2023 et 1,968 million en 2024 selon l'Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS). Un seul de ces enfants, ce sont des années de transfusions régulières, de traitements chélateurs du fer et de charges innombrables pour toute une famille.
Ce qu'il faut dire clairement ici, c'est la différence entre « porteur » et « malade ». Le porteur de la thalassémie est, dans la plupart des cas, une personne en bonne santé, qui vit, travaille et a des enfants sans rien savoir du gène qu'elle porte. Le problème ne surgit que lorsqu'un porteur épouse une porteuse : à chaque grossesse, comme la génétique l'a établi de longue date, le risque d'avoir un enfant atteint est alors d'un sur quatre. C'est pourquoi les liens de parenté comptent. Une étude égyptienne multicentrique publiée en 2021 dans le Journal of the Egyptian Public Health Association, portant sur un échantillon d'environ 2 100 proches, a constaté que la proportion de porteurs parmi les parents de malades thalassémiques atteignait 35,84 % dans les gouvernorats du Delta, et grimpait à 51,32 % dans celui de Charqiya. Un seul malade dans la famille suffit à faire de l'examen une nécessité, non un luxe.
Viennent ensuite les analyses qu'entoure un silence plus lourd : les hépatites virales et le VIH. C'est là que la peur du « et s'ils me trouvaient quelque chose ? » mord le plus fort, moins par crainte de la maladie que du regard des autres. Disons-le franchement : la stigmatisation peut faire plus de mal qu'une maladie dont le traitement est désormais accessible. L'hépatite C se guérit aujourd'hui avec des médicaments bien connus, et la campagne « 100 millions de santé » (100 Million Seha) a été fondée sur son dépistage et son traitement gratuits, non sur l'isolement des personnes atteintes. L'hépatite B dispose d'un vaccin et de médicaments qui la contrôlent, et le VIH est devenu, avec un traitement régulier, une affection chronique avec laquelle on mène une vie quasi normale. Un résultat positif est le début d'un parcours médical, pas la fin d'une vie ni celle d'une relation.
Nous arrivons ici à la vérité la plus importante, celle que tous les fiancés devraient retenir : le résultat de l'examen n'empêche pas le mariage. Le Dr Hossam Abdel Ghaffar, alors porte-parole du ministère de la Santé, a expliqué, selon Arab News du 26 février 2023, que les analyses ne font pas obstacle à la conclusion du contrat de mariage, mais visent à informer les futurs époux de leur état de santé, et que toute personne dont l'infection est confirmée est orientée vers une consultation de conseil. La note d'Ahram Online a confirmé le même sens : les résultats n'ont pas d'incidence sur le mariage et ne l'entravent pas, puisque leur objet est une décision éclairée des deux parties. Le ma'zoun exige la présence du certificat, pas un résultat particulier sur celui-ci.
Cela signifie que l'examen ne vous dit pas « mariez-vous » ou « ne vous mariez pas », mais : « Voici les faits ; la décision vous appartient. » Le porteur de la thalassémie qui épouse une porteuse peut, en connaissance de cause, demander un suivi médical dès le début de la grossesse et se renseigner sur le diagnostic précoce. La personne atteinte d'hépatite peut commencer son traitement avant la noce plutôt qu'après, et protéger son conjoint par la vaccination et la prévention. Le savoir n'est pas ici une punition ; il ressemble plutôt à un cadeau dans une enveloppe pesante.
Il y a aussi un aspect qui importe à ceux que hante la peur du scandale, et qu'il faut comprendre correctement. Le résultat est confidentiel à l'égard des tiers : il n'est remis qu'à l'intéressé, et le code figurant sur le certificat a été conçu pour prouver l'authenticité du document, non pour en divulguer le contenu. Mais cette confidentialité ne signifie pas cacher les choses au compagnon d'une vie ; le nouveau certificat, selon la note d'Ahram Online de 2023, comporte une attestation selon laquelle l'autre partie a été informée du résultat, car l'objectif est une décision éclairée des deux, non la dissimulation. Aussi le disons-nous avec fermeté : ne cherchez pas de « certificat tout prêt » auprès d'un intermédiaire posté devant l'hôpital ou d'un laboratoire qui vous promet un papier sans analyse. Falsifier un document officiel est un délit puni par la loi, et surtout, vous perdriez ainsi la seule information susceptible de vous protéger, vous et vos enfants. Quiconque doute de son résultat peut demander une nouvelle analyse et en discuter avec le médecin.
Restent les petites questions que les gens posent à voix basse. Les fiancés doivent-ils y aller ensemble ? D'après ce que Youm7 a publié en avril 2023 sur les procédures du ministère, la présence de l'autre partie n'est pas requise pendant l'examen ; chacun peut se faire tester dans l'unité la plus proche de chez lui, une copie de la carte d'identité du partenaire suffisant. Les analyses d'un laboratoire privé font-elles l'affaire ? Ce qui est exigé, à notre connaissance, c'est le certificat de l'unité publique dans son format agréé, avec son code. Et si la date passe sans que le mariage ait eu lieu ? Selon la note d'Ahram Online de 2023, le certificat expire au bout de six mois et l'examen est à refaire. Autant de questions auxquelles l'agent d'accueil répond en une minute, pour peu que les fiancés les posent.
Dans la saison des mariages qui s'ouvre après l'été, les familles sont absorbées par la salle des fêtes et la liste du mobilier, et l'examen médical reste en bas de la liste, corvée que l'on expédie à contrecœur. Pourtant, le ministère de la Santé a annoncé en juillet 2026 qu'environ 5,6 millions de jeunes gens et de jeunes femmes avaient passé cet examen depuis le lancement du nouveau certificat en février 2023. Ce papier, quelle que soit la hausse de son tarif, reste plus important que bien des dépenses de ces semaines-là, parce qu'il est le seul qui concerne un enfant qui n'est pas encore né et la santé du compagnon d'une vie. Une conversation sereine entre les fiancés, et peut-être entre les deux familles, sur le sens du résultat avant qu'il ne tombe, transforme l'examen de fardeau en étape de maturité.
Revenons à la file d'attente du matin, et imaginons la suite de la scène. Le tour des fiancés arrive, les deux prélèvements sont faits, et ils ressortent avec deux petits papiers et un rendez-vous pour retirer les résultats. En chemin, elle lui demande s'il aurait peur si l'on trouvait quelque chose chez lui, et il répond, ayant compris pour la première fois ce que signifie cet examen, qu'alors ils sauraient, qu'ils agiraient et qu'ils continueraient. Il n'y a rien dans ce certificat qui gâche une fête ; il y a ce qui permet à la fête, quand elle vient, de reposer sur un sol ferme : deux personnes qui savent dans quoi elles s'engagent et qui décident les yeux ouverts, et non une fois qu'il est trop tard.
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