Le budget égyptien 2026/27 au microscope du citoyen : en vigueur depuis juillet, les intérêts de la dette en premier poste
Présenté dans la presse comme un projet de loi en débat, le budget 2026/27 de l'Égypte est en réalité en vigueur depuis le 1er juillet : 8 190 milliards de livres de dépenses totales, les intérêts de la dette comme premier poste, et un salaire minimum porté à 8 000 livres. Décryptage à hauteur de ménage, avec un audit de la qualité du processus législatif.

Des organes officiels, dont le Service d’information de l’État, ont relayé des informations faisant état de l’examen, par la Chambre des représentants, de projets de loi liés au budget 2026/2027 ainsi que d’accords internationaux. La vérification des dates replace ces informations dans leur contexte : ces séances se sont tenues en juin dernier et sont déjà closes. La Chambre a adopté le budget le 22 juin 2026, le président de la République en a ratifié la loi (n° 77 de 2026) et le texte est entré en vigueur le 1er juillet. Le document n’est donc plus un projet soumis au débat, mais une loi qui régit les dépenses de l’État depuis près de sept semaines.
Selon l’ordre du jour publié par la Chambre, ces séances portaient sur la loi de finances elle-même, sur les lois de rattachement budgétaire des organismes économiques publics et de l’Autorité de la production militaire, ainsi que sur des accords internationaux, parmi lesquels la souscription de l’Égypte aux dix-neuvième et vingtième augmentations du capital de l’Association internationale de développement, rattachée au Groupe de la Banque mondiale, et un financement de la Banque africaine de développement destiné à l’appui budgétaire, dans le cadre de la deuxième phase du programme de développement du secteur privé.
Le 22 juillet, le président de la Chambre, Hisham Badawy, a prononcé la clôture de la première session ordinaire de la troisième législature, avec un bilan annoncé de 162 lois et 31 accords internationaux pour l’ensemble de la session. La Chambre est donc en vacances parlementaires et ne se réunira de nouveau qu’au début du mois d’octobre, comme le prévoit la Constitution.
En chiffres, et selon la loi de finances publiée : le total des emplois du budget s’élève à 8 186 milliards de livres égyptiennes, dont 5 188 milliards de dépenses effectives, en hausse d’environ 13 % sur un an, et près de 2 808 milliards consacrés au remboursement des échéances de prêts intérieurs et extérieurs. Les recettes attendues, elles, atteignent 4 056 milliards de livres, ce qui laisse entre les dépenses et les recettes un écart de plus de 1 100 milliards, comblé par l’emprunt.
D’où vient l’argent ? Les seuls impôts rapportent 3 529 milliards de livres, soit environ 87 % des recettes, tandis que les dons ne dépassent pas 19,8 milliards et que les autres recettes avoisinent 507 milliards. En clair : ce sont les citoyens et les entreprises qui financent l’essentiel du budget, et non les dons ou les autres ressources souveraines.
Et où va-t-il ? Le poste le plus lourd de tous est celui des intérêts de la dette : 2 420 milliards de livres, soit environ 47 % des dépenses, l’équivalent de quelque 69 % des recettes fiscales attendues et près du triple de la masse salariale. Viennent ensuite les subventions, aides et prestations sociales avec 836,8 milliards, les salaires des agents de l’État avec 822,8 milliards, les investissements publics avec 553,7 milliards contre 434,9 milliards auparavant, puis l’achat de biens et de services avec 293,7 milliards.
Sur la table des familles, directement : le salaire minimum est passé de 7 000 à 8 000 livres par mois à compter des traitements de juillet, pour les agents de l’appareil administratif de l’État et des organismes économiques, dans le cadre d’un ensemble de mesures salariales inscrites au nouveau budget, selon le ministère des Finances.
Côté subventions : 178,3 milliards de livres sont consacrés aux produits alimentaires rationnés et au pain subventionné, contre 160 milliards l’an dernier selon le ministère des Finances ; près de 55 milliards vont au programme d’aides en espèces « Takaful et Karama », qui couvre environ 4,7 millions de familles ; et les crédits destinés aux soins pris en charge par l’État montent à quelque 23,1 milliards, soit une hausse proche de 52 %. La présentation du gouvernement faisait également état d’une augmentation d’environ 30 % des crédits de la santé et de 20 % pour l’éducation.
Quant aux objectifs d’ensemble annoncés par le ministre des Finances, Ahmed Kouchouk, ils sont les suivants : ramener le déficit global à 4,9 % du produit intérieur brut, son plus bas niveau en dix ans ; dégager un excédent primaire record d’environ 5 % du PIB, soit quelque 1 200 milliards de livres ; et réduire la dette des organismes budgétaires à 78 % du PIB d’ici à juin 2027. En termes simples, un excédent primaire signifie que l’État encaisse plus qu’il ne dépense avant le paiement des intérêts de la dette, mais ces intérêts suffisent à eux seuls à transformer le résultat en déficit.
En appliquant au processus budgétaire l’« indice de qualité législative » lancé par notre plateforme, la mesure commence par la transparence et la disponibilité des documents. La dernière édition de l’Enquête sur le budget ouvert (OBS 2025), publiée en juin 2026 par l’International Budget Partnership, attribue à l’Égypte 59 points sur 100 en matière de transparence, soit dix de plus qu’en 2023, en saluant la publication dans les délais de la déclaration prébudgétaire et d’un budget citoyen, ainsi que la mise en ligne, pour la première fois, du rapport de l’institution supérieure de contrôle. La note reste toutefois inférieure au seuil de suffisance fixé à 61, et l’enquête relève une réduction des données relatives aux recettes, à la dette et aux dépenses dans le budget adopté, tandis que la participation du public ne dépasse pas 35 sur 100.
Sur le critère du calendrier : le projet a été transmis aux députés dans le délai constitutionnel, qui impose une présentation au moins 90 jours avant le début de l’exercice budgétaire ; mais l’adoption définitive n’est intervenue que le 22 juin, neuf jours seulement avant l’entrée en vigueur, et le détail complet de la loi ratifiée n’a été largement publié qu’une fois l’exercice déjà commencé. Au cours de la même session, la Chambre a par ailleurs approuvé le compte définitif de l’exercice 2024/2025, soit environ un an après sa clôture, un retard qui affaiblit la chaîne de responsabilité entre ce qui a été planifié et ce qui a réellement été dépensé.
En conclusion, sur une balance neutre : les chiffres mis cette année à la disposition du citoyen sont plus abondants qu’auparavant, et les notes de transparence s’améliorent, de l’aveu d’une mesure internationale indépendante. Mais celui qui veut savoir où va sa livre lit toujours le document budgétaire après que les dépenses ont commencé, et attend près d’un an son compte définitif. Telle est la distance qui reste entre un budget que l’on publie et un budget dont on débat avec les citoyens en temps utile.
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