La mer Rouge loin de la plage : récifs, règles de plongée, dugongs et maisons des dauphins
Le littoral égyptien de la mer Rouge est bien plus qu'un chapelet de stations balnéaires : des coraux résistants à la chaleur étudiés par les scientifiques du monde entier, des règles de plongée strictes, des baies d'herbiers où paissent les dugongs et des lagons récifaux où se reposent les dauphins à long bec. Un guide de la mer qui commence derrière le sable — et de la façon de la visiter sans lui nuire.

Les cartes postales vendent le sable et le soleil, mais la véritable richesse de la mer Rouge commence là où s'arrête la plage. Le long de la côte orientale de l'Égypte, d'Hurghada jusqu'à Marsa Alam et au-delà, un récif corallien frangeant s'étire sur des centaines de kilomètres, si proche du rivage qu'un nageur atteint le corail vivant quelques minutes après avoir quitté le sable. Pour les plongeurs, en bouteille comme au tuba, c'est l'un des grands systèmes récifaux les plus accessibles de la planète ; c'est aussi l'un des plus étroitement surveillés par les océanographes.
Cet intérêt scientifique a de solides raisons : les coraux du nord de la mer Rouge et du golfe d'Aqaba ont montré une tolérance inhabituelle aux eaux chaudes, survivant à des températures qui provoquent ailleurs dans le monde des blanchissements massifs. Les chercheurs qui travaillent sur le changement climatique considèrent donc la région comme un refuge possible, où des espèces de corail pourraient se maintenir même à mesure que les océans se réchauffent. Cela confère aux récifs égyptiens une importance qui dépasse de loin le tourisme : ils constituent un réservoir génétique vivant dont l'océan tout entier pourrait avoir besoin un jour.
Hurghada est la porte d'entrée historique. Modeste port de pêche il y a encore une génération, la ville est devenue l'une des destinations de plongée les plus fréquentées au monde, avec des bateaux qui partent chaque jour vers les récifs des îles Giftun et vers des dizaines de sites répertoriés plus au large. Mais la notoriété a son prix : les ancres jetées sans précaution brisent des colonies coralliennes qui ont mis des décennies à pousser, les coups de palme incontrôlés cassent les coraux branchus les plus fragiles, et la fréquentation concentre les dégâts sur les lieux mêmes qui ont fait la réputation de la ville.
La réponse est venue en partie de la profession elle-même. Au début des années 1990, des exploitants de plongée ont fondé l'Association de protection et de conservation de l'environnement de Hurghada, connue sous le nom de « HEPCA », qui a installé le long de la côte des bouées d'amarrage fixes permettant aux bateaux de se rattacher à un cordage au lieu de mouiller sur du récif vivant. Le réseau s'est étendu au fil des ans à de vastes portions de la mer Rouge égyptienne, et il est souvent cité en exemple : celui d'une industrie touristique capable de s'organiser pour protéger la ressource dont elle vit.
Les règles qui s'imposent au visiteur sous l'eau ne sont pas de simples conseils de politesse : beaucoup figurent dans la réglementation des aires protégées et dans le briefing de tout centre de plongée sérieux. Ne touchez pas le corail, ne posez pas le pied dessus, ne le saisissez pas, même avec des gants — de nombreux centres interdisent d'ailleurs les gants pour couper court à la tentation. Maîtrisez votre flottabilité afin que ni vos palmes ni votre matériel ne raclent le récif. Ne nourrissez pas les poissons, ne poursuivez ni n'attrapez les animaux marins, et ne ramassez ni coquillages ni coraux, vivants ou morts : sortir des souvenirs marins d'Égypte est interdit. Les redevances écologiques perçues dans les parcs marins contribuent à financer les réserves elles-mêmes.
Plus au sud, Marsa Alam propose une version plus paisible de la même mer. Longtemps accessible seulement par une longue route du désert, la région s'est développée après l'ouverture de son aéroport et sert aujourd'hui de base à quelques-uns des sites de plongée les plus réputés d'Égypte. Le récif d'Elphinstone, étroit mur sous-marin qui plonge dans le bleu profond, est célèbre pour ses courants puissants et ses rencontres avec les requins océaniques, tandis que des baies abritées comme Marsa Abu Dabbab cachent un trésor d'un autre ordre : de vastes prairies d'herbiers marins ondulant sur des fonds de sable, pâturages des tortues vertes et d'un hôte plus rare encore.
Cet hôte plus rare, c'est le dugong, grand mammifère marin herbivore et lent, cousin du lamantin, qui se nourrit presque exclusivement d'herbes marines. Les observations dans les baies de Marsa Alam en ont fait l'emblème de la côte sud, mais l'espèce est menacée à l'échelle mondiale et se laisse facilement effrayer. Les règles de la rencontre sont donc strictes : gardez vos distances, ne poursuivez jamais l'animal, ne l'encerclez pas, ne le touchez pas, ne lui barrez pas la route vers la surface où il doit respirer, et laissez la rencontre se produire — ou ne pas se produire — aux conditions de l'animal lui-même.
Il y a enfin les maisons des dauphins. Sha'ab Samadai, récif en fer à cheval proche de Marsa Alam, enferme un lagon peu profond où les dauphins à long bec se reposent le jour après une nuit de chasse en eau profonde. Lorsque le trafic non réglementé des bateaux a commencé à presser les groupes au repos, au début des années 2000, les autorités ont mis en place un système de gestion qui découpe le récif en zones, tient les visiteurs à l'écart de l'aire de repos principale des dauphins et plafonne la fréquentation quotidienne. Un récif comparable, Sataya, plus au sud, accueille les visiteurs selon des règles similaires.
La côte sud s'appuie aussi sur le parc national de Wadi el Gemal, classé aire protégée en 2003, qui s'étend des vallées désertiques de l'intérieur aux îles et récifs du large, en passant par des rivages bordés de mangroves. Les mangroves y abritent les juvéniles de poissons et les oiseaux nicheurs, les îles accueillent des oiseaux marins reproducteurs et des tortues venues pondre, et le parc relie les deux mondes, marin et désertique, que les brochures touristiques séparent d'ordinaire. C'est un rappel : la côte de la mer Rouge est un seul écosystème, et non une rangée de plages d'hôtels.
Pour le visiteur, la voie responsable est claire : choisissez des centres de plongée agréés qui donnent de vrais briefings, préférez les opérateurs qui respectent le zonage et la taille limite des groupes, écoutez le guide et considérez chaque coup de palme comme une décision. Les récifs égyptiens ont mieux résisté au réchauffement des mers que la plupart de ceux de la planète ; qu'ils résistent à leur propre célébrité dépendra en grande partie du comportement de ceux qui viennent les admirer. La plage est la porte, le récif est la maison — et les invités sont priés de se conduire en conséquence.
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