Non, les pastèques égyptiennes ne sont pas injectées de colorants
Des vidéos virales affirment que les pastèques vendues sur les marchés égyptiens seraient injectées de colorants et de solutions. Nous avons vérifié les communiqués officiels et les analyses scientifiques : aucun cas documenté n'existe, et une injection abîmerait visiblement le fruit en quelques heures. Verdict : faux — avec, en prime, nos conseils pour bien choisir sa pastèque.

À chaque été, les mêmes vidéos et mises en garde refont surface sur les réseaux sociaux : les pastèques vendues sur les marchés seraient « injectées » de colorants rouges ou de solutions chimiques destinés à en rehausser la couleur et le goût. Le récit a de nouveau circulé pendant la saison 2026, accompagné tantôt d'images de personnes plantant des seringues dans les fruits, tantôt du test « du mouchoir », dont la tache rouge est présentée comme la preuve d'une fraude.
« La Voix du Citoyen » a remonté la rumeur par les deux bouts : d'un côté les communications des autorités égyptiennes, de l'autre les vérifications scientifiques publiées par des plateformes internationales de fact-checking. Conclusion : l'affirmation ne repose sur aucun cas documenté, et l'injection elle-même est vouée à l'échec, car elle abîme le fruit et y laisse une marque visible. Verdict : faux.
Fin juillet, le Centre d'information et d'aide à la décision du Conseil des ministres a publié une mise au point sur les rumeurs relatives à la sécurité des fruits. Le docteur Mohamed Mahmoud, président du comité des régulateurs de croissance au ministère de l'Agriculture, y affirme qu'« il n'existe pas de pratique d'injection des fruits » et que les produits autorisés sont appliqués par pulvérisation, selon des normes internationales reconnues, rapporte le portail Ahram Gate.
Auparavant, à la mi-juin, la directrice du Laboratoire central d'analyse des résidus de pesticides du ministère de l'Agriculture, la docteure Hind Abdallah, avait qualifié les informations circulant sur une prétendue pastèque impropre à la consommation de « rumeurs totalement dénuées de fondement », des rumeurs qui reviennent chaque été et nuisent à la fois à l'agriculteur, au consommateur et aux exportations. Dans des propos rapportés par le site Youm7, elle a souligné que l'épaisseur de l'écorce de la pastèque forme un bouclier naturel qui empêche les pesticides de pénétrer, et que l'Égypte a exporté près de cinq millions de tonnes de produits agricoles au premier semestre 2026 sans qu'aucun lot ait été refusé.
La rumeur n'est pas née cette saison. Fin avril déjà, le ministère de l'Agriculture la qualifiait de « mensonges saisonniers », selon des titres identiques repris par les sites Masrawy et Al Arabiya Net. Et lors de la saison 2024, le docteur Soliman Omran, responsable du programme national de production de semences de pastèque, assurait au site Sada El-Balad que « la pastèque présente sur le marché égyptien est parfaitement sûre », précisant que les zones blanches visibles dans certains fruits témoignent d'une récolte précoce et non de la présence d'une substance cancérigène.
Sur le plan scientifique, l'affirmation se heurte à la nature même du fruit. Une analyse publiée par la plateforme de vérification santé THIP Media explique qu'injecter un liquide dans une pastèque augmente la pression interne de ses cellules jusqu'à en rompre les parois : la chair se ramollit, le jus s'écoule, et le trou percé dans l'écorce ouvre la voie aux bactéries et aux champignons. Des spécialistes agricoles cités par la plateforme Editorji estiment qu'un fruit ainsi perforé fermente et pourrit en quelques heures, deux jours tout au plus, la trace de la piqûre restant visible sur l'écorce. Autrement dit, une pastèque « injectée » se trahit elle-même avant d'arriver intacte chez le consommateur, ce qui prive d'emblée cette fraude de tout intérêt commercial.
Quant à la vidéo la plus partagée, celle d'un homme injectant un liquide rouge dans une pastèque, les plateformes de vérification indiennes The Quint et BOOM l'ont examinée et ont conclu qu'il s'agissait d'une mise en scène produite par une chaîne YouTube nommée The Social Junction, assortie à l'origine d'un avertissement précisant qu'il s'agissait d'une fiction réalisée « à des fins de sensibilisation », avant d'être découpée puis remise en circulation dans plusieurs pays comme un fait réel.
Même le test « du mouchoir », qui rougit lorsqu'on y frotte une tranche de pastèque, ne prouve rien : le lycopène, le pigment naturel responsable de la couleur rouge du fruit, tache le papier de lui-même. L'analyse de THIP Media rappelle qu'un contrôle public d'échantillons de pastèques mené en 2015 dans l'État indien du Karnataka n'a décelé dans aucun d'eux l'érythrosine dont parlent les rumeurs.
La saison 2026 illustre bien comment un incident local circonscrit peut enfler jusqu'à devenir une rumeur nationale : en mai, une vidéo montrant des agriculteurs de Baltim, dans le gouvernorat de Kafr El-Sheikh, se plaindre de la perte de leur récolte a beaucoup circulé. Le ministère de l'Agriculture a dépêché une commission scientifique qui a conclu, selon le site Sada El-Balad, que le problème se limitait à 7,5 feddans sur les 3 500 cultivés dans la zone, et qu'il tenait à de mauvaises pratiques agricoles chez certains producteurs, non à une contamination ni à une falsification des fruits mis en vente.
Au vu de l'ensemble de ces éléments — l'absence de tout cas documenté, les démentis répétés des autorités compétentes, l'inutilité pratique de l'injection et la fabrication avérée des vidéos les plus partagées —, « La Voix du Citoyen » classe l'affirmation selon laquelle les pastèques vendues sur les marchés seraient injectées de colorants ou de solutions comme : fausse.
Reste la question pratique : comment choisir une bonne pastèque ? Selon les conseils publiés par Youm7, cherchez la tache jaune laissée par le sol sur l'écorce, signe que le fruit a mûri à même la terre ; tapotez-la légèrement, car un son grave et creux indique qu'elle est mûre et bien pleine ; préférez un fruit lourd pour sa taille, à la queue sèche et brunâtre, à la forme régulière et aux rayures vert foncé bien marquées ; et méfiez-vous des pastèques trop brillantes.
Et quand la couleur ou l'aspect doivent-ils vraiment inquiéter ? Pas devant des fissures internes, un « cœur creux » ou des zones blanches dans la chair : ce sont des phénomènes de croissance normaux ou le signe d'une cueillette précoce. L'inquiétude est justifiée en présence de trous ou de ramollissements localisés sur l'écorce, d'une odeur de fermentation ou d'aigreur, d'un jus mousseux et visqueux, ou d'un goût anormal. Dans ce cas, ne consommez pas le fruit et signalez-le à l'Agence de protection du consommateur. Reste enfin la leçon la plus utile des propos des spécialistes agricoles : le vrai risque de contamination vient de la manipulation — un couteau mal lavé, un fruit coupé laissé des heures à la chaleur hors du froid — et non d'une prétendue seringue au marché.
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